Le zéro déchet dans le numérique

Le zéro déchet dans le numérique

Lorsque l’on s’intéresse un peu à l’écologie et à la manière de rendre son mode de vie plus écolo, on tombe rapidement sur le principe des 5R (Refuse, Reduce, Reuse, Recycle, Rot) popularisé notamment par Zéro Waste France. Mais comment appliquer ces principes avec notre vie numérique ?

Lors des dernières Rencontres Régionales du Logiciel Libre le 19 septembre à Nantes, Cécilia Bossard a tenté d’appliquer ces 5 principes à la conception d’un site web, grâce au livre « Ecoconception web : les 115 bonnes pratiques », de Frédéric Bordage aux éditions Eyrolles.

Refuser

Savoir dire non est l’étape la plus importante et en même temps la plus difficile à appliquer au quotidien.

Dans la vie de tous les jours, on peut par exemple refuser le sachet en papier à la boulangerie, demander une boisson sans paille (une innovation faite pour les malades ayant du mal à boire au verre !), ne pas prendre le sac en toile distribué à chaque évènement professionnel, installer un stop pub sur sa boite aux lettres…

Concernant notre vie numérique, l’impact environnemental se situe surtout dans la fabrication des appareils (extraction de minerais, production de GES, fin de vie des équipements électroniques…). Notre attention doit donc se porter sur l’allongement de la durée de vie de nos appareils et le refus d’en changer seulement pour succomber à la dernière mode.

  • Mon téléphone est protégé par une coque et un film sur l’écran.
  • La carte wifi de mon pc a cramé mais il fonctionne encore très bien avec une clé wifi externe.
  • Mon téléphone fait de belles photos, ai-je besoin de cet appareil photo numérique qui traine dans mon tiroir ?
  • Les enfants ont-ils vraiment besoin d’un smartphone en 6e ? (Réponse dans « Cyberminimalisme » de Karine Mauvilly)
  • Un objet connecté pour fermer mes volets, réguler la température, me donner la météo, surveiller ma maison, espionner ma baby-sitter,… est vraiment utile?
  • La réalité augmentée est dans l’air du temps mais a-t-elle vraiment un intérêt pour mon business ?
  • Est-ce que mes utilisateurs préfèrent voir un postier ou un drône à leur porte?

Réduire

Un des facteurs majeurs d’obsolescence matérielle vient de la couche logicielle. Le poids d’une page web a été multiplié par 3 en 10 ans, nous devons télécharger de plus en plus d’applications sur notre smartphone (deux exemples : Slack ne fonctionne pas en version web sur mobile et les banques demandent maintenant d’utiliser leur appli pour authentifier les transactions).

Afin d’augmenter la durée de vie de nos pc et smartphones, il est essentiel de réduire la puissance nécessaire de nos applications. Sachant que 80% des fonctionnalités demandées par les utilisateurs ne sont jamais utilisées, nous avons de la marge pour « réduire le gras ».

L’éco-conception de services numériques permet adresser les besoins métiers dès le démarrage des projets et d’adopter une vision globale et systémique.

En agilité, le story mapping est parfaitement adapté pour réduire le superflu et se concentrer sur l’essentiel.

Réutiliser

Pour qu’un objet soit réutilisable, il faut qu’il soit solide, avec des matières durables, et bien entretenu. Ainsi ma machine à laver vieille de 12 ans ne convenait plus à mes besoins (et encore il s’agit toujours de laver des chaussettes sales) mais elle fonctionnait toujours. Au lieu de l’envoyer dans les filières de recyclage, elle a servi à d’autres personnes. Au contraire de la tablette tactile reçue en cadeau avec des fournitures de bureau (mais pourquoi ???) qui était déjà obsolète avant que je la reçoive et qui ne peut même pas servir à mes enfants pour regarder des vidéos.

Réutiliser, c’est aussi faire preuve de créativité pour trouver de nouveaux usages à nos objets. Par exemple, les employés de votre entreprise ont-ils tous besoins de PCs flambant neufs et ultrapuissants ? Ne peut-on pas imaginer une filière de réemploi des ordinateurs et smartphones à l’intérieur même de l’entreprise ?

Recycler

Ne nous y méprenons pas, la poubelle jaune reste une poubelle et le traitement de ses déchets nécessite beaucoup d’énergie. Il est donc important de travailler sur le Refuser et Réduire en premier lieu. L’identification du contenu de notre poubelle nous fait prendre conscience des actions à prendre en priorité. Chez moi, il s’agissait principalement des boites en carton et sachets plastiques des boites de gâteaux industriels (hum, hum). La solution ? 3 œufs, 110g de sucre, 50g de farine, levure, 150g de beurre salé, 150g de chocolat et 27 minutes au four.

La poubelle jaune a considérablement réduit, mais il en reste toujours.

Concernant nos déchets électroniques, la « société de l’immatériel » n’a rien d’immatérielle, comme l’explique Florence Rodhain dans « Le numérique est-il écologique ». 70% de nos déchets électroniques font l’objet d’un trafic très lucratif pour les mafias du monde entier. Il faut donc privilégier le réemploi dans des filières sûres avant le recyclage.

Recycler, c’est aussi reprendre des applications trop lourdes pour les alléger plutôt que d’en créer de nouvelles.

Composter

Pour le compostage, j’ai beaucoup aimé la vision de Cécilia qui était de dire que le compostage consistait à utiliser notre expérience et nos échecs comme fertilisants. Elle nous proposait donc de composter nos connaissances en partageant nos expériences, en faisant partie de groupes de travail, en accompagnant les jeunes de la filière numérique. Quel beau programme !

Anne
Anne Cheffe de projets informatiques sur Nantes. Ecolo inquiète pour la planète. Ingénieure féministe